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Du ciel à la terre

Les artistes, habitants de la terre, ont de tout temps été fascinés par le ciel, et cela bien avant notre siècle. Si Léonard de Vinci a même tenté désespérément de l'atteindre, il faudra attendre le XX° siècle et ses avancées technologiques vertigineuses pour que ce désir devienne une réalité.

Cela a-t-il influencé l'art ?

Assurément, si l'on en croit tous les artistes de ce siècle imaginant de nouveaux espaces inspirés par le ciel et ses constellations. Il serait d'ailleurs illusoire de prétendre réunir en une seule exposition un ensemble exhaustif de tous les créateurs cosmiques.
Mais que dire de tous ceux pour qui le ciel n'est pas seulement espace physique mais aussi lieu sacré, propice pour communiquer avec les morts, les anges ou les esprits grâce à des messages et des signaux que seuls quelques médiums peuvent capter pour les décoder et les transcrire en compositions singulières?
Le propos de cette exposition pourrait bien être de montrer, en ce millénaire finissant, que le ciel est un domaine illimité où Science et Poésie se confondent et se prolongent, où Sacré et Profane se confrontent et cohabitent.
Deux sections articulent la présentation des oeuvres, offrant une vision large, poétique et libre du thème du ciel dans l'art, grâce à la mise en perspective de près de 130 œuvres conçues à partir de deux démarches artistiques très différentes.

L'appel du ciel

Ce volet présente ces artistes pour qui le ciel est un guide donnant la voie à suivre, un "au-delà" offrant à certains hommes ou femmes, sans aucune prédisposition ni formation particulières, la possibilité de créer des oeuvres d'art, transcriptions de messages venus d'ailleurs.
En liaison avec le développement des sciences occultes, du spiritisme mais aussi de la psychanalyse, on voit éclore à partir de la seconde moitié du XIX° siècle et tout au long du XX° siècle, un certain nombre d'œuvres dites médiumniques qui ont en commun le fait d'avoir été créées en dehors d'une quelconque référence aux pratiques culturelles dominantes de la société occidentale.
Ceux qui les ont exécutées, issus la plupart du temps de milieux très modestes, n'ont généralement pas eu accès à l'enseignement artistique classique.
Victor Hugo, l'exception qui confirme la règle, profondément convaincu que "tout dans l'infini dit quelque chose à quelqu'un" fut l'un des premiers à faire dessiner les esprits, il est présent dans l'exposition par trois dessins de 1856, aux côtés de la très rare Hélène Smith qui peint en état de transe des paysages martiens, inspirés de visions transmises par son ange gardien, et de Fernand Desmoulin, qui pendant deux ans, fit émerger des visages inconnus à partir de griffonnages exécutés les yeux fermés à une vitesse hallucinante.
En 1912, le mineur Augustin Lesage pour oser peindre n'a d'autre choix que d'entendre, du fond de la mine, des voix lui annonçant qu'il serait peintre ; ses tableaux exécutés avec minutie adoptent les techniques du miniaturisme et présentent des formes établies selon des principes de symétrie. Destinés essentiellement à ses amis, il ne les vendait que très rarement mais au prix de la matière première et au temps passé, compté au tarif horaire du mineur. Son disciple, Joseph Crépin, un puisatier, entendit une voix lui annonçant en 1939 qu'il aurait à réaliser trois cents tableaux avant que la paix ne revienne. Transcripteur de ses visions, il se mit au travail et termina son trois-centième tableau le 7 mai 1945. Le premier et le dernier tableau de cette série participent à l'exposition. André Breton disait que ses oeuvres constituaient "un des plus beau fleuron de l'art médiumnique... emplis de cette notion du Sacré qui brille par son absence dans le reste du monde artistique moderne".
Parallèlement le facteur Cheval construisait, de 1879 à 1912, son célèbre "Palais Idéal", guidé par ses songes. Victor Simon exécute de grandes compositions imprégnées d'une profonde spiritualité sur des thèmes égyptiens ou hindous.
L'inspiration essentiellement cosmique de Magali Herrera lui vient de visions célestes qu'elle transcrit sous forme de minuscules et lumineuses touches de couleurs pour créer des œuvres nécessitant chacune plusieurs mois de travail. Jules Godi, maçon et radiesthésiste, ne se séparait pas de son pendule qui lui dictait la composition de ses œuvres sans cesser d'être en communication avec les forces occultes. Raphaël Lonné, facteur et spirite, crée d'étranges gouaches évoquant des accumulations de strates, de coulées de lave ou de relief montagneux. Séraphine Louis, bergère puis femme de ménage, peignait la nuit, en état de transe, fleurs, feuilles et fruits. Marguerite Burnat-Provins issue d'un milieu bourgeois réalisa, après des études artistiques, des milliers de "visages venant d'ailleurs" à la force envoûtante.
Mais aussi, Victorien Sardou, Madge Gill, Ursula, Laure Pigeon, etc. nous livrent leur monde intérieur, bouleversant de sincérité, qui perturbe, trouble, déroute, et le plus souvent enchante.

L'attrait du ciel

En contrepoint, dans la deuxième partie de l'exposition, seront montrées les créations d'artistes du XX° siècle qui ont utilisé le ciel comme prétexte à des inventions plastiques.
Afin d'effectuer un choix cohérent parmi les milliers d'oeuvres possibles, les organisateurs ont privilégié l'aspect cosmique du ciel (planètes, étoiles...) davantage en prise avec notre siècle que son aspect météorologique (effets de nuage, ciel bleu...).
De Kandinsky à Masson ou Klein, de Miró et Calder à Malaval, de Max Emst à Hartung et Jacquet, de Matta à Lichtenstein ou Erro, ce thème se retrouve fréquemment évoqué comme le montre les œuvres retenues à Montauban.
Une telle exposition est forcément le résultat d'un choix, à la fois volontaire : maintenir une certaine cohérence mais aussi involontaire : subir certains impératifs matériels.
Sa "double entrée", proposant des perspectives complémentaires ou parfois contradictoires, en tout cas forcément inépuisables, devrait offrir, en dépit de ses lacunes inévitables, l'occasion au visiteur de sentir combien cet art "à ciel ouvert" peut réserver d'étonnement, de surprise et d'enchantement.
Du ciel à la terre, 18 juin - 5 octobre 1997, Musée Ingres, 19 rue de 1'Hôtel-de-Ville, 82000 Montauban. Organisation : Florence Viguier (Musée Ingres), Paul Duchein (Rencontres d'art en Quercy). Catalogue : 126 pp., 100 illustrations en couleurs et en noir et blanc, 150 FF. Textes : Noël Arnaud, Paul Duchein, Pierre Restany, Michel Thévoz, Florence Viguier.

Voir En plein chaosmos de Noël Arnaud


INFOSURR, 1, grande rue, 45410 Lion en Beauce, France

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